Juziers en Histoire

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Situé entre Meulan et Mantes sur la rive droite de la Seine, dans le département des Yvelines, Juziers, exposé au midi, s’étage au flanc d’une colline qui recèle quelques traces d’outils préhistoriques.

Difficile de préciser comment s’appelait le village dans les premiers siècles mais dès l’époque gallo-romaine, apparaissent différentes formes du nom : Gesedis, Gizei, Jusiacum, Josiacensis, Gisecium, Gizez, Gysiers, et enfin Jusiers au XIIIe siècle. Dans son Dictionnaire des noms de lieux en France, Albert Daujat donne « Gesiasensis » vers 1036, qui signifie terre appartenant à un homme portant le nom germanique de Giso avec le suffixe latiniacum, mais le village a une origine bien antérieure.

Du premier millénaire après la naissance du Christ, peu de faits marquants ont jalonné le haut Moyen Age ; le village de Juziers dut être plusieurs fois ravagé par les envahisseurs normands remontant vers Paris. En 922, Flodoard, dans ses chroniques, cite de nombreux miracles accomplis en l’église Saint-Pierre où quelques poils de la barbe du Prince des apôtres étaient vénérés.

La comtesse Letgarde

Le Xe siècle marque un vrai tournant dans l’histoire de Juziers. La comtesse Letgarde va jouer un rôle capital sur la destinée du village. Par son père Herbert II, comte de Vermandois, elle descend en ligne directe de Charlemagne et par sa mère, elle est cousine d’Hugues Capet. Letgarde épouse en 935 le duc de Normandie, « Guillaume Longue Epée » ; son père, en avance d’héritage, lui donne Juziers, Issou, Limay, Fontenay, au nord de la Seine, et Mantes-la-Ville, Auffreville et Arnouville au sud.
Veuve à vingt-sept ans, Letgarde épouse en secondes noces « Thibaut le Tricheur », comte de Chartres, de Blois et de Tours.
L’âge venant, Letgarde songe à assurer dans l’au-delà son bonheur et celui des siens. Or il est un moyen de s’attirer les faveurs du Juge suprême, c’est de léguer des biens à l’Eglise. Le 5 février 978 elle donne par charte Juziers, Fontenay et Limay à la grande abbaye Saint-Père-en-Vallée de Chartres, abandonnant ainsi ses droits féodaux aux abbés. Ce document est conservé aux archives d’Eure-et-Loir. Letgarde décède trois ans plus tard, le 14 novembre 981 et est inhumée dans cette abbaye.

Le prieuré et l’église

Dessin de l’architecte Garrez

Grâce à la donation de Letgarde et afin de faciliter l’administration de ce domaine éloigné de la maison mère, l’abbaye Saint-Père-en-Vallée de Chartres, devenue propriétaire de Juziers vient y fonder un prieuré (emplacement de l’actuel château du Bourg). Il prospère rapidement avec les dons qui affluent. Au milieu du XIe siècle, la reconstruction de l’église commence à l’intérieur de l’enceinte du prieuré, en remplacement de l’église primitive. De style roman, subsiste la nef actuelle ; quant au chœur de style gothique, il sera construit au siècle suivant.
La renommée du prieuré lui attire des hôtes de marque. L’abbé Thévenot dans son Histoire de l’église et de la paroisse de Juziers écrit, parlant de Louis IX : « Le couvent de Juziers eut plusieurs fois l’honneur de donner l’hospitalité au jeune roi, à Blanche de Castille sa mère et régente du royaume pendant la minorité de son fils… »
Durant les guerres de religion, une partie du prieuré fut détruite, vraisemblablement au moment de la bataille d’Ivry (14 mars 1590). Des restes d’argent fondu et des couches de cendres qui furent mise à jour lors de travaux exécutés au XIXe siècle, en témoignent. Le 12 mars 1752, par lettre patente, Louis XV mettait un terme à l’existence du prieuré de Juziers.
La Révolution française amena de profonds bouleversements dans la gestion de la commune ; désormais, le « château du Bourg » est propriété privée indépendante de l’église qui, elle, tombe dans le domaine public et est transformée durant cette période en usine de salpêtre. Le Concordat la rendra au culte en 1801.

Le Second Empire

 Chateau du Bourg

 Chateau de la Sergenterie

Il faut atteindre le Second Empire pour voir le nom de Juziers cité dans les gazettes de l’époque. En effet, deux ministres de Napoléon III habitent le village : M. Baroche, propriétaire du château de la Sergenterie et M. Delangle à qui appartenait le château du Bourg. En 1850, l’église est classée monument historique par Prosper Mérimée. Des subventions importantes sont allouées ; l’église, qui menaçait ruine, est entièrement restaurée.
L’économie de Juziers est, comme la plupart des communes de la région, tournée avec la culture de la vigne. Celle-ci occupe une vaste superficie : 290 ha environ ; elle sera l’élément majeur de l’activité agricole jusqu’à la fin du XIXe siècle, époque où apparaît le phylloxéra qui ruina le vignoble de la Vallée de la Seine. Malgré le remplacement des cépages par des plans américains, la concurrence des vins méridionaux amenés vers la capitale grâce au développement des voies ferrées, mit un terme à la culture

L’époque moderne

En 1837, une première ligne relie Paris-Saint-Lazare à Saint-Germain-en Laye, et Paris à Rouen par la rive gauche de la Seine en 1843. Pour soulager cette ligne très chargée, est envisagée la construction d’une voie sur la rive droite. Le tracé définitif arrêté en 1886 va nécessiter sur le territoire de Juziers, 683 expropriations dont treize maisons et vingt et un bâtiments, soit plus de dix hectares. La mise en exploitation a eu lieu le 1er juin 1892 après trois ans de travaux.
En 1881, le hameau de La Chartre est soustrait de la commune de Juziers pour être rattaché à celle de Brueil-en-Vexin. C’est dans ce hameau que Gaucher Mauvoisin, né à Meulan vers 1060, est mis en nourrice. Il vivra en ermite dans le Limousin et sera canonisé en 1194 par le pape Célestin III. Au hameau de la Chartre existait une chapelle qui lui était dédiée et qui disparut à la Révolution ; il reste la fontaine, où, enfant, il allait puiser de l’eau. On peut toujours y voir une statue du saint.
En 1953, des terrains que Juziers possédait sur la rive gauche de la Seine, sont rattachés à Aubergenville.
L’ère industrielle modifia l’activité de la population, traditionnellement tournée vers l’agriculture, par la construction en pleine guerre (1914-1948) de la cimenterie Poliet et Chausson qui compta jusqu’à 592 salariés au milieu du XXe siècle.
Cette même période vit une croissance démographique importante et la disparition de la plupart des petites exploitations agricoles ; la population de Juziers est passée de 1 200 habitants dans les années 1950 à 3 836 en 2014.
Comme de nombreuses localités, Juziers a une longue histoire qui lui est propre et qui se continuera avec les nouvelles générations. Vous pouvez la découvrir dans le livre publié en 2008 : « Juziers dans l’Histoire », éditions JDH, préfacé par Marcel Lachiver.